Pour en finir avec le jugement de Dieu

« ...LA FOULE PENSE D’ABORD AVEC SES SENS...
IL EST ABSURDE... DE S’ADRESSER D’ABORD À SON ENTENDEMENT »

Le théâtre et la cruauté, Antonin Artaud, mai 1933 JPEG - 55.1 ko

PRÉAMBULE

« Il y a soixante ans qu’Antonin Artaud a enregistré pour la radio Pour en finir avec le jugement de dieu. Pourtant sa voix est restée muette, censurée, jusqu’en 1973, première diffusion radiophonique.
Pourquoi le monde a eu si peur des mots d’Antonin Artaud. Car on ne censure pas si ce qui est dit est vraiment la parole d’un homme que l’on considère fou. On censure si la folie de cet homme s’enfonce jusque dans une lucidité sur le monde qui nous éblouit et nous empêche de rester ce que nous étions....
Dans ce texte Antonin Artaud, montre du doigt l’endroit d’où vient la perte de l’homme moderne. Il dénonce la cruauté d’une civilisation qui s’est construite sur le sacrifice du corps. Il tente de retrouver en retournant aux sources de la parole, aux mots comme sons, un accès à notre corps et ces impulsions, un accès à nous mêmes. »
Natacha Dubois JPEG - 72.3 ko

DÉMARCHE

Nous ne sommes que des passeurs de ces histoires déjà racontées par d’autres. Et cette citation résume bien l’enjeu théâtral du travail que nous aborderons au cours de cette création : « ...LA FOULE PENSE D’ABORD AVEC SES SENS... IL EST ABSURDE... DE S’ADRESSER D’ABORD À SON ENTENDEMENT ». En effet, nous croyons au pouvoir que peut avoir l’art sur son public. Ainsi ce que nous cherchons c’est à offrir aux spectateurs des outils pour déchiffrer et déchirer l’ignorance. La sensation et l’émotion (prise dans le sens de son étymologie : la mise en mouvement) seront nos armes.

La recherche sonore et musicale (voix/guitare/ basse/ batterie) :
Trouver un équilibre entre les mots et les sons. Un dialogue. La musique (comme l’image) est par ses vibrations un médium qui s’adresse directement au sens, c’est pourquoi sa place est importante dans une recherche sur ce texte. Le texte, son interprétation, et le trio-rock guitare, basse, batterie, seront mis au même niveau, tous présents sur scène, à la recherche d’une proposition de traduction sonore, et non d’un accompagnement au texte d’Antonin Artaud. Artaud déconstruit le langage pour se défaire du contrôle de la raison sur l’appréhension du monde. L’espace du théâtre est le lieu le plus propice à cette déstructuration de la parole.

Recherche sur l’image du corps et l’espace :
Nous cherchons quel corps, c’est à dire quelles images du corps, répond aux exigences de cette recherche de la sensation que propose Antonin Artaud. Dans la continuité du travail musical, un travail sur la danse et le mouvement découle avec évidence du rapport au corps qu’instaure Artaud dans ce texte. Nous nous appuierons sur les recherches du Butô et de l’expressionnisme de l’après guerre. Artaud parle d’une messe pour parler de ce texte. Que doit faire le théâtre pour que ce lien qui le lie à ses spectateurs puisse en une représentation avoir la force de ce qui unie un culte à ces participants ?
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Texte : Antonin Artaud

Mise en scène : Natacha Dubois

Regard Chorégraphique : Nicolas Hubert

Musique :Julien Cialdella, Clément Combes, Loïc Verdillon

Avec : Julien Cialdella, Clément Combes, Natacha Dubois, Loïc Verdillon

Création lumière : Lucas Delachaux
Création sonore : Lucas Rosman

Création les 26, 27, 28 mars 2009 à Grenoble.
Résidence au Théâtre de Création du 5 janvier 2009 au 31 janvier 2009.
Résidence au Théâtre Prémol du 11 mars 2009 au 28 mars 2009.

Avec le soutient de : Théâtre de Création, du Théâtre Prémol, Ville de Grenoble, STmicro-électronique.
Avec l’aide de : Ateliers du Théâtre municipal de Grenoble
lien vers le site du théâtre Prémol

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Extraits de Pour en finir avec le jugement de Dieu

Extrait 1 « La Recherche de la fécalité »

« Pour exister il suffit de se laisser aller à être,
mais pour vivre,
il faut être quelqu’un,
pour être quelqu’un,
il faut avoir un os,
ne pas avoir peur de montrer l’os,
et de perdre la viande en passant.

L’homme a toujours mieux aimé la viande
que la terre des os.
C’est qu’il n’y avait que de la terre et du bois d’os,
et il lui a fallu gagner sa viande,
il n’y avait que du fer et feu
et pas de merde,
et l’homme a eu peur de perdre la merde
ou plutôt il a désiré la merde
et, pour cela sacrifié le sang. »

Extraits de Pour en finir avec le jugement de Dieu

Extrait 2 « Conclusion »

« -Que voulez-vous dire, monsieur Artaud ?

- Je veux dire que j’ai trouvé le moyen d’en finir une fois pour toutes avec ce singe
et que si plus personne ne croit plus en dieu tout le monde croit de plus en plus dans l’homme.
Or, c’est l’homme qu’il faut maintenant ce décider à émasculer.

- Comment cela ?
Comment cela ?
De quelque côté qu’on vous prenne vous êtes fou, mais fou à lier. »

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ESSAIS...

Pour en finir avec le jugement de Dieu est l’un des derniers textes d’Antonin Artaud (1896-1948). Artaud l’écrit en 1947, dans l’après guerre, à sa sortie de l’hôpital psychiatrique dans lequel il a passé huit années (soumis aux expériences médicales de cette époque : électrochocs, etc).
Par ce texte Artaud lance un appel : « comment trouver un moyen de reconstruire nos valeurs, faut-il des valeurs ? ». Il perçoit autour de lui la perspective de la guerre froide, les enjeux et dangers d’une société basée sur le capitalisme. Ainsi Artaud écrit « Pour en finir avec le jugement de Dieu », comme il dirait une messe, s’adressant aux hommes pour les faire agir autant qu’à Dieu pour le provoquer (ou pour provoquer les hommes qui croiraient encore).

Le texte et l’auteur

Il s’agit de l’un des textes majeurs de cet auteur marginal (après Le théâtre et son double et Le pèse nerf). La vision de l’art et du théâtre d’Antonin Artaud a influencé l’histoire de l’art. Beckett, la danse Bûto, ou plus près de nous un metteur en scène comme Roméo Castelluci travaillent sur ces traces. Artaud propose d’utiliser la violence de l’émotion pour pousser le spectateur à remettre en cause fondamentalement son rapport au monde et à ses valeurs. Certains ne voient sa proposition que comme une utopie. Nous souhaitons expérimenter encore cette limite qui lie l’émotion à la morale.

Pour l’enregistrement radiophonique de 1937, Antonin Artaud distribue les cinq monologues de Pour en finir avec le jugement de Dieu, à trois acteurs et c’est sa voix que nous entendons dans le premier et le dernier des textes. Nous avons choisi pour cette création d’oublier l’émission radiophonique. Ainsi nous ne donnons qu’une seule voix au texte. Celle que nous avons entendue la première fois à l’intérieur de nous-même en le lisant. Et pour faire entendre le texte, nous donnerons à ce qui était un travail sonore, radiophonique, une dimension scénique, chorégraphique et musicale.

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