Il est temps

Poèmes traduits de l’Albanais (Kosovo) par Elisabeth Chabuel

Lecture : Natacha Dubois et Violette Jullian

Musique : Violette Jullian

Din Mehmeti est né en 1929 dans la province du Kosovo. Il est un de ces poètes de langue et culture albanaises qui ont porté la voix de leur peuple opprimé par l’ancien régime yougoslave, puis par la république serbe.
Les poèmes choisis et traduits par Elisabeth Chabuel (Il est temps, Coll.Poésie, Buchet Chastel, 2006) tracent le parcours d’une humanité, ses peurs, ses déceptions, ses colères, ses désirs, ses amours. C’est un cheminement ouvert... à lire la poésie de Din Mehmeti, on se sent membre de l’humanité, on se sent frère, on se sent la nécessité d’être un : moi je suis moi/car en moi tu es toi.

Ton nom

A répéter ton nom
j’en ai fait un oiseau
Mais l’attraper dans le ciel je ne sais pas
J’en ai fait une rose
Mais la couper de mon âme je ne sais pas
J’en ai fait un feu
Mais l’éteindre dans la tourmente je ne sais pas
A répéter ton nom
j’en ai fait ma patrie
Car vivre sans toi je ne sais pas.

Note d’intention :

Quand pendant l’hiver, Elisabeth Chabuel m’a proposé de monter une lecture avec des poèmes de Din Mehmeti, elle était en train de les sélectionner et de les traduire de l’albanais pour en monter le recueil. Il m’a semblé, en feuilletant l’ébauche de son travail, qu’un froid hivernal traversait la poésie de cet homme de 77 ans, un souffle de vieillesse. Mais alors que nous lisions les poèmes en intercalant au hasard nos voix, une théâtralité s’est dégagée de cette poésie. Il nous a semblé impératif de l’utiliser. Quand je parle de théâtralité je parle de cette capacité qu’ont certains textes, de nous placer dans le quotidien d’une situation.

Un homme qui nous parle de ce qu’il est et qui le fait pour nous qui l’écoutons.

Nous avons sélectionné les poèmes en recherchant cette dualité d’écoute et de parole. Nous voulions construire, à partir de poèmes écrits tout au long d’une vie, un seul flux de parole avec la force de la pensée humaine.

La vieillesse a alors perdu son âge, et nous nous sommes retrouvées en elle comme dans les méandres de la vie. Nous étions assises devant le temps et la crainte est devenue puissance créatrice et nous a forcées à nous lever pour dire.

L’énergie de ce poète nous a emportées dans son propre monde. Lire Din Mehmeti c’est voir avec ses yeux, dire avec ses mots, avec son humanité à lui. Si belle dans ses amours, ses haines, ses colères qu’à travers la fragilité du monde de sa poésie, on peut voir le fil tendu sur lequel nous marchons tous.

Et si parfois les mots restent abstraits, les images qu’ils construisent parlent.

Si nous ne comprenons pas le langage de chacun des oiseaux qui s’envolent de ces poèmes, la couleur de leurs plumes nous rappelle que leurs ailes ont du mal à battre et que c’est pour survivre qu’ils volent au dessus des mots de Din Mehmeti.

Natacha Dubois

Extrait

« Autoportrait

Je suis un ciel rongé
par les brouillards
un courant d’air en haillons dans les bois
Je ne souscris pas à mon destin
Tout ce qui s’est passé
avec les oiseaux calcinés
s’est réfléchi
sur mon âme

Je ne souscris pas à mon destin

J’ai vu ma légende
dégouliner de sang
j’ai aperçu ma tombe au soleil
mon abîme sous les flammes

Je ne souscris pas à mon destin

Je suis ce qui est tombé
à réhisser
sur les coteaux nus désignés
par la foudre
Les pleurs me corrodent dans la joie
les cris dans le chant

Je ne souscris pas à mon destin »

Din Mehmeti


Articles publiés dans cette rubrique

mercredi 2 janvier 2013

L’auteur

Quelques mots sur l’auteur...

samedi 18 août 2007

Presse

Lecture du 2 et 3 août 2006- à Die (26) Librairie Mosaïque et Festival Est-Ouest : « A l’heure des poètes Le public captivé A la librairie « Mosaïque » Violette Jullian et Natacha Dubois ont fait découvrir pour le plus grand plaisir du public, des poèmes extraits de l’anthologie publiée et traduite (...)