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Une chenille dans le cœur

Mise en scène Natacha Dubois

Texte : Stéphane Jaubertie (publié aux Éditions Théâtrales Jeunesse)

Avec : Jérémy Buclon, Charlène Girin et Chloé Schmutz

Scénographie : Tristan Dubois

Lumière : Mathieu Tomasini

Musique : Laurent Buisson

Administration et production : Le Grand ManiTou

Co-production : : Espace 600 -scène conventionnée d’intérêt national art, enfance, jeunesse - Grenoble, Grand Angle – scène régionale- Voiron, Diapason - St Marcellin, Théâtre Municipal – Grenoble, Théâtre des Pénitents – Montbrison, Théâtre les Aires – Die, Le Briscope – Brignais.

Avec le soutien de : Drac Auvergne Rhône Alpes, Région AuRA, Département de l’Isère, Ville de Grenoble, les ateliers décors et costumes du Théâtre Municipale de Grenoble, La Bobine - Grenoble, ACCR – Pont en Royans, Déclic – Claix.

Durée du spectacle : 1h20.

À partir de 8 ans

L’histoire :

Un “Pays des arbres” dans lequel il ne reste qu’un seul arbre.

Une enfant sans colonne vertébrale qui porte un corset de bois trop petit pour la femme qu’elle devient.

Un bûcheron venu du “Pays de la misère”, qui ne bûcheronne plus parce qu’il n’y a plus d’arbre à couper.

L’une a besoin pour vivre que le bûcheron coupe l’arbre. L’autre sait que s’il coupe l’arbre, les fantômes-arbres de la forêt qu’il a décimée viendront le tuer. Un conte théâtral qui parle d’écologie et d’économie et soulève ce dilemme contemporain :

Comment imaginer l’avenir dans un monde usé jusqu’au désert ?

On plonge dans des histoires racines, à la rencontre des rêves, des ancêtres et des métamorphoses.

Sur scène, un arbre entouré de souches, des apparitions (masques, ombres, etc.) et trois interprètes (celle qui raconte, l’enfant et le bûcheron).

L’auteur :

Stéphane Jaubertie écrit des textes qui s’adressent aussi bien aux enfants qu’aux adultes. Comme sur un palimpseste, il écrit, efface et réécrit des fables initiatiques. C’est de l’intime, de la chair, du plus profond de soi qu’il part pour fabriquer un théâtre qui parle au cœur et à la tête et composer une dramaturgie percutante, intelligente et rare.

Une chenille dans le cœur est né en 2008, d’une commande d’écriture de cinq théâtres.

Il est aussi l’auteur de : Les Falaises, Yaël Tautavel ou l’Enfance de l’art, Jojo au bord du monde, Létée, De passage, Un chien dans la tête, Livère, Crève l’oseille !, État sauvage, Sac à dos, Laughton, etc. Tous ses textes sont publiés aux éditions Théâtrales.

Note d’intention :

« Il y a beaucoup d’êtres qu’on ne sait pas encore nommer : des états du vivant, des dérives du vivant, des hybrides, des îlots multi-espèces, des négociations bizarres qu’il faut se garder de trop vite catégoriser, pour faire droit à un temps métamorphique. Les métamorphoses environnementales et les instabilités climatiques font émerger des alliances surprenantes. »
Nos cabanes, Marielle Macé

J’ai grandi dans une maison blottie contre une forêt. Enfant, j’ai passé mes vacances à construire des cabanes dans les bois, imaginant mon propre monde dans le monde. J’aimais les arbres. Je me souviens des discussions que nous avions ensemble. J’avais mon préféré, un frêne sur lequel je grimpais pour calmer mes colères, mes tristesses. Depuis quelque temps, le souvenir de ces sensations remonte en moi et je recherche le vert et le vertical, l’humide et l’odeur de l’humus. Mais c’est comme si je n’arrivais pas à assouvir ce besoin de m’enforester comme dirait le philosophe Baptiste Morizot. Notre immobilisme face à notre système économique frénétique et aux mutations de notre écosystème m’effraie. J’entends, sans les comprendre, les cris de la nature : “réapprenez à vivre avec nous, réapprenons ensemble”.

Sous la forme du conte, Une chenille dans le cœur questionne notre monde en l’abordant sous différents angles : - écologique, le pays des arbres, - économique, le pays de la misère - et poétique, le pays des souvenirs. Quand j’ai lu pour la première fois ce texte, j’ai eu l’impression d’apercevoir un chemin pour penser/panser cette plaie entre l’humain et le monde. L’histoire se passe dans une ancienne forêt, un désert où tous les arbres ont déjà été coupés par l’homme. Sauf un, le dernier, au centre de la scène, au cœur du dilemme du texte. Faut-il sauver l’enfant ou faut-il sauver l’arbre ? Il n’y a pas d’issue. Il n’y aura pas d’avenir sans enfant. Il n’y aura pas d’avenir sans arbre. Et nous demeurons pétrifiés. Mais les enfants grandissent et ils ne peuvent attendre. Pour qu’ils “poussent” bien, nous devons inventer un nouvel espace-temps. Un avenir. Avec des arbres. Un avenir dans lequel ils pourront patiemment considérer et métamorphoser le lien entre l’humain et le vivant. Les racines et les branchages de Une Chenille dans le cœur laissent imaginer ce nouvel espace. C’est pour cela que ce texte s’adresse particulièrement à la jeunesse.

L’enfant du texte de Stéphane Jaubertie est née sans colonne vertébrale, d’un amour entre une humaine et un arbre, et cette enfant a une chenille dans le cœur. Comme un papillon, elle est faite de la métamorphose.

À la lecture de Une chenille dans le cœur, j’ai repensé à ma lecture de Marielle Macé, historienne de la littérature et essayiste. Elle écrit pour les jeunes, ceux pour qui l’avenir n’est pas “exactement appelé sous la figure de l’utopie” mais sous “celle de l’impatience de faire, imaginer, être ensemble…”. Dans son texte Nos cabanes, il est question de marges, d’interstices, de renaissance de la vie dans des paysages laissés à l’abandon, et de métamorphoses. La métamorphose est un mot qui sonne comme une formule magique, qui faisait naître les monstres et les héros lorsque j’étais enfant. Aujourd’hui, ce mot devrait ouvrir en nous des possibles. Nous ne sommes pas condamnés à rester au pied du mur, nous devons métamorphoser nos habitudes, nos relations, nos sociétés pour rechercher un nouvel équilibre.

Dans l’aridité d’un monde transformé en désert, Une chenille dans le cœur joue avec les règnes, mélange les bêtes, les hommes et les arbres ; et avec ces êtres hors normes, il recrée un monde dans lequel ces alliances incongrues font renaître l’amour, la tendresse et la vie. C’est ce que j’ai envie de dire aux enfants aujourd’hui. N’oublions pas, nous avons en nous le désir enfantin d’une vie faite de rencontres. Allions-nous. Métamorphosons-nous. Imaginons des chemins.

Natacha Dubois


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